À propos · Théo Anquetil, 28 ans

Chez mon grand‑père, rien ne se jetait

Chaque boulon, chaque planche avait droit à une seconde vie. J'en ai fait mon métier.

Portrait de Théo Anquetil dans sa grange-atelier, une étiquette en carton à la main
Moi, dans la grange à pressoir, Saint-Pierre-en-Auge.
Âge
28 ans
Formation
CAP Menuisier fabricant, puis deux ans d'apprentissage chez un ferronnier de Lisieux
Atelier
Une ancienne grange à pressoir de 180 m², que je loue à un producteur de cidre
Véhicule
Un fourgon de 2004 surnommé « la Benne », toujours plein à craquer
Signe distinctif
Des mains noircies d'huile et un carnet où je note l'histoire de chaque objet

J'ai grandi à quelques kilomètres de Saint-Pierre-sur-Dives, entre la ferme familiale et le garage de mon grand-père. Enfant, je l'accompagnais à la brocante sous les halles ; c'est là que j'ai appris à reconnaître une soudure bien faite et un chêne qui a bien séché.

Après mon CAP de menuisier, j'ai travaillé comme agenceur à Caen, mais je me suis vite ennuyé devant les panneaux de mélaminé. Deux années chez un ferronnier de Lisieux m'ont appris à souder, cintrer et riveter. À 24 ans, je me suis lancé à mon compte avec un stock accumulé depuis l'adolescence : plus de trois cents pièces entassées dans les granges de la famille.

On me dit un peu bourru au premier abord. Mais demandez-moi d'où vient un objet, et je deviens intarissable.

Mes convictions

Une belle pièce se comprend au premier regard. Tout le reste en découle.

  • La simplicité

    Pas d'ornement inutile, pas de fonction gadget. Je garde ce qui sert.

  • La durabilité

    Je ne travaille que des matériaux qui encaissent : acier, fonte, chêne massif, cuir épais, laiton.

  • La patine d'abord

    Je nettoie, je stabilise la rouille, je répare, mais je n'efface jamais les traces d'usage. Cire d'abeille ou huile de lin, jamais de vernis brillant.

  • Réparer plutôt que remplacer

    Quand il manque une pièce, je la refais avec du matériel de récupération, jamais avec du neuf « faux vieux ».

  • La traçabilité

    Chaque objet part avec une étiquette écrite de ma main : provenance, époque, interventions réalisées.

La chine · de mars à octobre

Réveil à 4 h 30

Chaque week-end de la belle saison, j'écume les vide-greniers du Calvados. Lampe frontale, thermos de café et billets en poche : les meilleures affaires se font au déballage, avant 7 heures.

  • Les vide-greniers du Bocage virois et du Pays d'Auge, où l'on vide encore des fermes entières
  • La foire à la brocante de Saint-Pierre-sur-Dives, mon rendez-vous de cœur
  • Les braderies de Bayeux, Falaise et Honfleur
  • Les liquidations d'ateliers, de garages et d'usines textiles, que je repère au bouche-à-oreille
  • Les ports de Port-en-Bessin et Grandcamp-Maisy, pour le matériel de marine
Vide-grenier normand à l'aube, un chineur à la lampe frontale
Au déballage, avant 7 heures. L'hiver, je reste à l'atelier et je transforme la récolte.

L'atelier

Une grange à pressoir de 180 m². Ça sent le chêne, l'huile de coupe et la cire.

Intérieur de la grange-atelier : établis, poste à souder, perceuse à colonne et poêle à bois
Deux établis, un poste à souder, et une perceuse à colonne des années 60 que j'ai moi-même remise en état.
Caisses de poignées en laiton triées par taille
Le « capharnaüm organisé » : poignées en laiton triées par taille.

Un vieux poêle à bois, nourri par les chutes, chauffe l'espace. Au fond, un capharnaüm organisé : caisses de poignées en laiton triées par taille, pieds de fonte orphelins, tôles, chaînes, verres de lampe, bobines de câble textile.

Je ne mets rien en vente tant que ce n'est pas prêt. Certaines pièces attendent depuis cinq ans la bonne pièce de rechange.

Mains de Théo passant la cire d'abeille sur une planche de chêne
Finition à la cire d'abeille, à la main.

Mes règles d'or

Ce que je ne ferai jamais

  1. Vendre une pièce que je n'ai pas démontée, vérifiée et remontée moi-même.
  2. Livrer un luminaire qui n'a pas été recâblé et mis aux normes électriques actuelles.
  3. Utiliser des patines artificielles ou du « vieilli » industriel.
  4. Découper un objet rare ou historique pour en faire de la décoration : une pièce de valeur reste entière.

Au-delà des pièces

Vente à l'atelier

Portes ouvertes le samedi de 14 h à 19 h, sur rendez-vous le reste de la semaine. Vous me trouverez aussi aux marchés de créateurs de Honfleur et de Caen, et à quelques salons vintage normands.

Sur mesure

J'aménage des cafés, des crêperies, des gîtes et des boutiques du Pays d'Auge, et je restaure vos meubles de famille, avec un délai de 6 à 10 semaines.

Atelier réparation

Un samedi par mois, venez avec votre lampe qui grésille ou votre chaise bancale : on la répare ensemble, et vous repartez en sachant le faire.

Et demain

Mes projets

  • Ouvrir une petite boutique-vitrine dans le centre de Saint-Pierre-en-Auge.
  • Former un apprenti d'ici deux ans.
  • Lancer une série de luminaires à partir de pièces de motos et de vélos anciens.
  • Organiser chaque automne une « brocante des artisans » dans ma grange.